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Assurance-vie : les frais qui mangent ton rendement
Dans une assurance-vie, trois couches de frais s’empilent : les frais sur versement, retenus sur chaque somme versée, les frais de gestion du contrat, prélevés chaque année, et les frais propres à chaque support, invisibles sur ton relevé. Selon les contrats, le total va de presque rien à plusieurs pourcents par an. Sur vingt ans, deux contrats qui contiennent les mêmes placements peuvent ainsi aboutir à des résultats très différents.
Les frais sur versement
Les frais sur versement, ou frais d’entrée, sont retenus sur chaque somme que tu verses, avant même qu’elle soit investie. Beaucoup de contrats distribués en agence bancaire appliquent plusieurs pourcents, souvent négociables. De nombreux contrats distribués en ligne n’en appliquent aucun.
Le calcul est simple. Sur un versement de 1 000 €, des frais de 3 % représentent 30 € prélevés dès le premier jour. Sur 20 000 € versés en vingt ans, les mêmes 3 % font 600 €, et 1 % fait 200 €. Ces montants ne comptent même pas ce que ces sommes auraient pu rapporter si elles étaient restées investies.
Ces frais pèsent particulièrement sur les petits versements réguliers : certains contrats les prélèvent sur chaque versement programmé, même modeste.
Les frais de gestion du contrat
Ils sont prélevés chaque année sur l’encours, que le contrat gagne ou perde. Leur taux diffère souvent entre le fonds en euros et les unités de compte.
- Sur le fonds en euros, ils sont en général déjà déduits du rendement annoncé : le taux publié est net de frais de gestion, mais brut de prélèvements sociaux. Selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, les fonds en euros des contrats individuels ont servi en moyenne 2,63 % en 2025, avec de grands écarts d’un contrat à l’autre.
- Sur les unités de compte, ils sont retirés chaque année, souvent sous forme de parts en moins sur ton contrat. Ils vont couramment d’environ 0,5 % à 1 % par an, parfois plus.
Un demi-point de frais annuels en plus paraît peu. Mais il s’applique chaque année à toute l’épargne, et l’effet des intérêts composés l’amplifie : sur vingt ans, il peut représenter plusieurs pourcents du capital final. Pour une épargne de long terme, les frais annuels pèsent donc plus lourd que les frais d’entrée.
Les frais des supports, ceux qu’on ne voit pas
Chaque unité de compte (fonds d’actions, d’obligations, ETF, support immobilier) a ses propres frais, prélevés directement dans sa valeur par la société qui la gère. Ils n’apparaissent sur aucune ligne de ton relevé, mais ils réduisent la performance chaque année. Ce sont souvent les plus importants.
On les trouve dans le document d’informations clés de chaque fonds, sous le nom de « frais courants ». Ils vont de quelques dixièmes de pourcent pour de nombreux ETF à 2 % ou plus pour certains fonds gérés activement.
Ce qui te coûte vraiment, c’est la somme des frais du contrat et des frais du support. Par exemple, 0,5 % de frais de contrat et un ETF à 0,2 % font environ 0,7 % par an ; 0,9 % de frais de contrat et un fonds actif à 1,9 % font environ 2,8 %. Sur 10 000 € d’encours, cela représente environ 70 € par an dans le premier cas, 280 € dans le second, chaque année.
Une partie des frais des fonds est souvent reversée à l’assureur et au distributeur : ce sont les rétrocessions. Ce mécanisme peut pousser à proposer les fonds qui rémunèrent le mieux le distributeur, pas forcément les moins chers pour toi. Depuis la loi Pacte et ses décrets, les assureurs doivent présenter un tableau standardisé qui détaille les frais, les rétrocessions et le rendement net.
Gestion pilotée et arbitrages : les frais qui s’ajoutent
En gestion libre, tu choisis toi-même tes supports et tu paies les frais du contrat et des supports. En gestion pilotée ou sous mandat, un gérant décide à ta place selon un profil de risque : des frais de pilotage s’ajoutent souvent aux autres, et certaines gestions pilotées utilisent elles-mêmes des fonds chers. Pour les comparer, ce sont les frais totaux et la composition réelle qui comptent.
Les arbitrages, c’est-à-dire les transferts d’un support à l’autre à l’intérieur du contrat, ne sont pas imposés. Certains contrats les facturent, en pourcentage ou en montant fixe ; d’autres en offrent un certain nombre gratuitement. Les options automatiques, comme la sécurisation des plus-values, ont aussi un coût, indiqué dans la notice.
Après les frais, la fiscalité
L’impôt ne porte que sur les gains, et seulement au moment d’un retrait. Seule la part de gains contenue dans chaque retrait est imposée : si ton contrat vaut 12 000 € pour 10 000 € versés, un retrait de 3 000 € contient 500 € de gains.
- Avant huit ans, pour les versements effectués depuis le 27 septembre 2017 : 12,8 % d’impôt sur le revenu, ou le barème sur option, plus 17,2 % de prélèvements sociaux.
- Après huit ans : un abattement annuel de 4 600 € de gains pour une personne seule, 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune, puis 7,5 % pour les versements jusqu’à 150 000 € et 12,8 % au-delà. Les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus.
À noter : la hausse de la CSG votée pour 2026, qui porte les prélèvements sociaux à 18,6 % sur la plupart des revenus de placement, ne touche pas l’assurance-vie. Ses prélèvements sociaux restent à 17,2 % en 2026, selon Service-public.fr.
Ce que le dossier ajoute
Le dossier n° 38, « Assurance-vie : où passent les frais », va plus loin en vingt-cinq chapitres : une grille pour comparer plusieurs contrats sur leur coût total, la lecture ligne par ligne du relevé annuel, les questions à poser au conseiller d’une banque, les possibilités de changer de contrat sans perdre l’ancienneté fiscale, l’organisation des retraits après huit ans, l’avance sur contrat, la comparaison avec le plan d’épargne retraite, la clause bénéficiaire et la garantie en cas de défaillance de l’assureur. Il propose aussi des consignes prêtes à l’emploi pour faire relever par une IA tous les frais d’une notice. Comme cet article, il explique : il ne te dit pas quel contrat ouvrir ni quoi y placer.
Questions fréquentes
Où trouver les frais de mon contrat d’assurance-vie ?
Dans la notice et les conditions générales pour les frais du contrat, dans le document d’informations clés de chaque fonds pour ses frais courants, et dans le tableau standardisé des frais que l’assureur doit présenter. Ton relevé annuel rappelle aussi les frais prélevés.
Le rendement du fonds en euros est-il net de frais ?
En général oui : le taux publié est net de frais de gestion, mais brut de prélèvements sociaux, qui sont de 17,2 % en 2026. Deux fonds en euros au même rendement brut peuvent donc afficher des taux nets différents.
Les frais sur versement se négocient-ils ?
Souvent, dans les banques de réseau. Ils ne sont toutefois qu’une partie du coût : sur une épargne de long terme, les frais annuels de gestion et ceux des supports pèsent davantage.
Peut-on quitter un contrat trop cher sans perdre l’ancienneté ?
Chez le même assureur, la loi permet dans certaines conditions de transformer un contrat en un autre en conservant l’antériorité fiscale. Vers un autre assureur, il n’existe pas de transfert : il faut faire un rachat, avec la fiscalité correspondante, puis verser sur le nouveau contrat.
Sources
- ACPR, Revalorisation 2025 des contrats d’assurance-vie et de capitalisation (juin 2026)
- Service-public.fr, Fiscalité de l’assurance-vie
- Service-public.fr, Taux des prélèvements sociaux sur les revenus du capital
- MoneyVox, Assurance-vie et PER : de nouvelles règles de transparence sur les frais
- Autorité des marchés financiers, Espace épargnants